Les livres dont je garde un bon souvenir #5: quand je me suis mise à lire en anglais

Quand, comment et pourquoi, je me suis mise à lire en anglais et les romans en VO avec lesquels j'ai commencé

Après les années fac et ma découverte de la fantasy, changement de décor.

Entre 2000 et 2005, je suis militaire et pilote d’hélicoptère.

Côté lecture, je continue sur la lancée des années précédentes. J’ai trouvé mes genres, mes auteurs et surtout mes séries, que je suis désormais fidèlement au fur et à mesure de leurs sorties.

L’Assassin royal, Les Chroniques de Krondor, Les Annales du Disque-Monde, La Bicyclette bleue, les romans de Guy Gavriel Kay, Orson Scott Card… Je retrouve régulièrement les auteurs et les univers qui m’ont accompagnée pendant mes études.

Mais une nouveauté va profondément changer ma façon de lire pendant cette période.

Je me mets à langlais.

Enfin, plus exactement, je me mets à lire en anglais, parce que pour les films et les séries, le passage à la VO avait déjà commencé depuis quelque temps.

Avant les livres, il y avait déjà les films et les séries en VO

Je dois une partie de cette habitude à un professeur d’anglais qui nous avait lancé un défi sur toute une année.

L’idée était de regarder des films et des séries en anglais, mais d’y aller progressivement.

D’abord en version originale avec les sous-titres en français.

Puis avec les sous-titres en anglais.

Et enfin… Sans sous-titres du tout.

Une méthode toute simple, mais redoutablement efficace pour habituer l’oreille à une langue sans avoir l’impression de travailler en permanence.

Et puis il y a eu Friends.

J’avais découvert la série en anglais et je l’adorais comme ça.

Un jour, j’ai eu l’occasion de voir un épisode en français.

Et j’ai été très déçue.

Les voix n’étaient évidemment pas les mêmes, mais ce n’était pas seulement ça. Certaines intonations changeaient, certaines blagues fonctionnaient différemment et j’avais l’impression d’avoir perdu quelque chose au passage.

Après ça, le pli était pris : quand je le pouvais, je regardais mes séries et mes films en VO.

Passer aux romans en anglais n’était donc finalement pas un saut aussi énorme qu’il pourrait le sembler.

L’anglais, je le maîtrisais déjà… mais il fallait l’entretenir

À cette époque, je me débrouillais déjà plutôt bien en anglais.

Mes études en informatique m’avaient forcément amenée à l’utiliser régulièrement.

Mes saisons au Club Med m’avaient également donné l’occasion de communiquer avec des personnes venues d’un peu partout.

Et désormais, mon métier renforçait encore ce besoin.

En tant que pilote d’hélicoptère et militaire, je devais être capable de communiquer en anglais sur les ondes.

Je n’avais donc pas besoin de partir de zéro.

En revanche, je savais quelque chose d’expérience : une langue que l’on ne pratique pas finit par se perdre.

Ma mère est allemande et, enfant, j’étais bilingue.

Mais après des années sans réellement pratiquer l’allemand, j’en ai perdu la maîtrise.

Cette expérience m’avait laissé une leçon assez claire : connaître une langue à un moment de sa vie ne garantit absolument pas qu’on la parlera toujours quelques années plus tard.

Il faut l’utiliser.

Alors autant joindre l’utile à l’agréable.

Puisque je lisais énormément, pourquoi ne pas transformer une partie de mes heures de lecture en heures de pratique de l’anglais ?

Lire en anglais pour le boulot… et pour ralentir un peu

Il y avait aussi une deuxième motivation, beaucoup moins pédagogique.

Je lis vite.

Très vite.

En français, un roman peut donc avoir une espérance de vie assez courte entre mes mains.

Je me suis dit qu’en anglais, je lirais forcément plus lentement.

Donc, quelque part, un livre en anglais devrait être plus rentable puisqu’il allait m’occuper plus longtemps.

Sur le papier, le raisonnement se tenait.

Il y avait également un autre problème qui commençait sérieusement à mettre ma patience à l’épreuve : je lisais énormément d’auteurs anglophones.

Lorsqu’un nouveau roman sortait, il fallait attendre sa traduction française.

Et moi, je n’avais pas particulièrement envie d’attendre.

Surtout lorsqu’il s’agissait de la suite d’une série que je suivais déjà depuis plusieurs tomes.

Et puis il y a eu le cas Robin Hobb…

L’Assassin royal faisait partie de mes séries préférées.

Mais les éditions françaises avaient une particularité assez frustrante pour la lectrice impatiente que j’étais : un tome original était découpé en plusieurs volumes dans son édition française.

Autrement dit, non seulement je devais attendre la traduction, mais je devais acheter plusieurs livres pour lire l’équivalent d’un seul volume anglais.

À un moment, la solution devient assez évidente.

Pourquoi ne pas directement lire l’original ?

Entre l’anglais professionnel, les films et séries déjà regardés en VO et mon envie de ne pas perdre la pratique de la langue, toutes les conditions étaient réunies.

Il fallait simplement que je me lance.

Et le premier à me faire franchir le pas allait être un certain sorcier à lunettes.

Mon premier vrai roman en VO : Harry Potter

Harry Potter comme première lecture en anglais car je connaissais l'histoire du tome 1 et c'est de la jeunesse donc plus accessible

J’avais vu le premier Harry Potter au cinéma.

L’univers me plaisait, j’avais envie de connaître la suite et les livres existaient évidemment déjà en anglais. Je me suis dit qu’un roman jeunesse serait plus accessible.

C’était l’occasion parfaite.

Je me suis donc lancée avec Harry Potter en version originale.

Au début, forcément, la lecture n’a pas la même fluidité qu’en français.

Il faut accepter de ne pas forcément comprendre chaque mot.

Résister à l’envie de vérifier constamment le dictionnaire.

Comprendre grâce au contexte.

Continuer.

Et puis, progressivement, quelque chose se débloque.

On arrête de traduire mentalement chaque phrase.

On lit.

Tout simplement.

Et surtout, je découvre que je suis parfaitement capable de prendre du plaisir à lire un roman entier en anglais.

À partir de là, un nouvel univers de possibilités s’ouvre.

Littéralement.

De Harry Potter aux Aventuriers de la mer

Les aventuriers de la mer sont une trilogie en VO, mais il y a 9 tomes en français

Une fois ce premier obstacle franchi, je peux passer à ce qui m’intéresse vraiment : retrouver mes auteurs préférés sans attendre la traduction.

Et je me tourne notamment vers Robin Hobb avec The Liveship Traders, Les Aventuriers de la mer en français, dont la trilogie était devenu 9 tomes.

Après Fitz et les Six-Duchés, changement de personnages et de décor.

Des familles de marchands, des navires particuliers qui s’éveillent progressivement à la conscience, des pirates, des enjeux commerciaux et politiques…

Et toujours cette capacité de Robin Hobb à construire des personnages auxquels je finis beaucoup trop attachée.

Sauf que, cette fois, je peux les découvrir directement dans les mots de l’autrice.

Et surtout sans attendre que quelqu’un décide quand j’aurai le droit de lire la suite en français.

Pour une lectrice impatiente, c’est une petite révolution.

Internet change aussi ma façon d’acheter des livres

À cette époque, acheter des livres en anglais en France n’est pas aussi simple qu’aujourd’hui.

Mais Internet est là.

Je commence donc à commander mes livres en ligne, souvent directement aux États-Unis via Amazon.

Et je fais une autre découverte très intéressante : lire en anglais peut me coûter beaucoup moins cher.

Certains romans sont déjà disponibles en poche alors que leur édition française ne l’est pas.

Je trouve aussi des livres d’occasion.

Sans compter les gros volumes anglais qui correspondent parfois à plusieurs volumes français.

Le calcul que j’avais fait au départ : lire en anglais pour faire durer mes livres plus longtemps, se transforme donc en quelque chose d’assez différent.

Parce qu’avec le même budget livres, je peux finalement acheter quatre ou cinq fois plus de titres.

Mon plan pour lire moins vite vient officiellement de se retourner contre moi.

Je ne lis pas moins.

J’achète simplement beaucoup plus de livres.

Ne plus attendre les traductions

C’est probablement ce qui change le plus profondément mes habitudes.

Jusque-là, lorsque j’aimais un auteur anglophone, mon rythme de lecture dépendait en partie du calendrier français.

Il fallait qu’un éditeur achète les droits.

Que le livre soit traduit.

Qu’il soit publié.

Et dans le cas de certaines séries, qu’il soit éventuellement découpé en plusieurs volumes.

Désormais, lorsqu’un nouveau tome sort en anglais, je peux le commander.

Je continue donc à suivre les séries commencées les années précédentes, mais de plus en plus souvent en version originale.

  • Robin Hobb.
  • Raymond E. Feist.
  • Terry Pratchett.
  • Guy Gavriel Kay.

Et les autres auteurs anglophones qui avaient déjà trouvé leur place dans mes bibliothèques.

Je ne change pas vraiment de goûts.

Je supprime simplement un intermédiaire entre leurs histoires et moi.

Évidemment, je continue aussi les auteurs francophones et les séries commencées depuis longtemps, notamment La Bicyclette bleue de Régine Deforges et le Cycle de Ji de Pierre Grimbert.

Et, comme toujours, je continue à découvrir de nouveaux univers.

L’Épée de vérité : une nouvelle grande saga à dévorer

La saga de l'épée de vérité n'était pas encore complètement traduite quand je m'y suis intéressée

Parmi les nouvelles séries qui arrivent dans mes lectures à cette époque, il y a L’Épée de vérité de Terry Goodkind.

Magie, quête, pouvoirs, affrontements, monde à découvrir…

J’y retrouve beaucoup des éléments qui m’ont fait tomber dans la fantasy quelques années plus tôt.

Les premiers tomes m’ont beaucoup plu et je me suis lancée avec enthousiasme dans la série.

Je ne suis cependant pas allée jusqu’au bout.

Au fil des volumes, mon intérêt s’est émoussé et j’ai fini par abandonner.

Et c’est aussi quelque chose que j’ai progressivement appris à faire en tant que lectrice : avoir aimé les premiers tomes d’une série ne m’oblige pas à terminer les quinze suivants.

Une révélation qui peut faire gagner énormément de temps dans une vie.

Les Royaumes d’épines et d’os

Les royaumes d'épines et d'os est une série de dark fantasy épique

Je découvre également Greg Keyes et Les Royaumes d’épines et d’os.

On retrouve ici une fantasy épique faite de royaumes menacés, de magie, de complots, de religion et de destins qui finissent par se croiser.

Après avoir dévoré tant de grandes sagas pendant mes années étudiantes, j’étais évidemment toujours une cliente idéale pour ce type d’histoire.

J’aimais entrer dans un monde suffisamment vaste pour ne pas en comprendre immédiatement tous les rouages.

Découvrir progressivement son histoire.

Ses peuples.

Ses conflits.

Et surtout suivre plusieurs personnages dont les trajectoires finissent par se rejoindre.

La fantasy restait définitivement mon terrain de jeu favori.

Le Royaume de Tobin

Les royaumes de Tobin, une série de fantasy avec un trope hidden identity

Autre découverte marquante : Lynn Flewelling et Le Royaume de Tobin.

La série commence avec un choix particulièrement sombre.

Dans un royaume où une prophétie annonce qu’une femme doit régner, un enfant né fille est magiquement transformé et élevé comme un garçon afin de le protéger.

Tobin grandit donc sans connaître toute la vérité sur sa propre identité et sur le rôle auquel il est destiné.

Au-delà de la magie et des enjeux politiques, c’est cette question de l’identité qui donne à la série une saveur particulière.

Qui sommes-nous lorsque toute notre existence a été construite autour d’un secret ?

Que reste-t-il lorsque la vérité commence à apparaître ?

Encore une fois, je retrouvais ce que j’aimais de plus en plus dans la fantasy : des univers imaginaires, bien sûr, mais surtout des personnages auxquels ces univers imposent des choix impossibles.

La VO : beaucoup plus qu’un exercice d’anglais

Au départ, mes motivations étaient finalement assez simples.

Je voulais entretenir un anglais dont j’avais besoin professionnellement.

Je savais, pour l’avoir vécu avec l’allemand, qu’une langue non pratiquée pouvait finir par disparaître.

J’avais déjà pris l’habitude de regarder films et séries en VO.

Je voulais ralentir ma vitesse de lecture.

J’en avais assez d’attendre les traductions.

Et j’étais franchement agacée de devoir acheter plusieurs volumes français pour lire l’équivalent d’un seul livre original.

Quelques années plus tard, le résultat était assez différent de ce que j’avais imaginé.

Je n’avais pas ralenti.

J’avais simplement considérablement agrandi ma bibliothèque potentielle.

Je pouvais découvrir les nouveautés dès leur sortie, accéder à beaucoup plus de livres pour le même budget et lire directement les auteurs anglophones que j’aimais.

Et accessoirement, oui, mon anglais continuait de s’améliorer.

Ce qui était quand même l’une des idées de départ.

Une nouvelle étape dans ma vie de lectrice

Quand je repense aux différentes périodes racontées dans cette série, chacune semble avoir apporté quelque chose à la suivante.

En primaire, j’ai découvert le plaisir de lire et celui des enquêtes.

Au collège, mes lectures se sont élargies.

Au lycée, j’ai commencé à suivre des auteurs et à chercher les classiques des genres qui me plaisaient.

Pendant mes études, je suis tombée dans la fantasy et les grandes sagas.

Et à partir de 2000, la langue du livre a cessé d’être une limite.

Un roman pouvait être en français ou en anglais.

Ce qui comptait, c’était que j’aie envie de le lire.

Et quelque part, cette période m’a aussi confirmé quelque chose que j’avais déjà appris malgré moi avec l’allemand : une langue ne s’acquiert pas une fois pour toutes.

Elle se pratique.

Alors quitte à pratiquer l’anglais, autant le faire avec Harry Potter, Robin Hobb, Terry Pratchett ou Raymond E. Feist plutôt qu’avec des listes de vocabulaire.

Finalement, apprendre à lire en VO m’a donné exactement l’inverse de ce que je cherchais au départ.

Je voulais faire durer mes livres plus longtemps.

Je venais surtout de trouver le moyen d’en avoir beaucoup, beaucoup plus à lire.

Bref, encore un plan parfaitement maîtrisé lol.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *