Les livres dont je garde un bon souvenir #3: le lycée

Les livres qui ont construit mon imaginaire de lectrice, des Harlequins aux prix Nobel en passant par les polars et la SF

Après avoir passé une bonne partie de mes années collège au CDI, on pourrait imaginer que j’ai continué sur ma lancée au lycée.

Pas vraiment.

Au lycée, j’avais trouvé un autre lieu où passer mes heures libres : le bar, autour du baby-foot.

Ce qui ne veut pas dire que je lisais moins. Simplement, les livres ne venaient plus tellement à moi par l’intermédiaire du CDI. J’allais les chercher ailleurs.

Bibliothèque improvisée

Je traînais très régulièrement à la Fnac à Nice Étoile.

En bonne introvertie, c’était l’endroit parfait pour recharger mes batteries sociales : disparaître quelque temps entre les rayonnages, regarder les nouveautés, prendre un livre et commencer à le feuilleter…

Ou à le lire.

Parce qu’il faut préciser que je n’avais pas beaucoup d’argent de poche. Tout juste de quoi m’offrir un McDo-ciné par mois, alors acheter régulièrement des livres n’était pas vraiment une option.

Malheureusement, je n’avais pas non plus de bibliothèque ou de médiathèque près de chez moi.

Alors je lisais beaucoup sur place.

Et parfois — je l’avoue — j’achetais un livre, le dévorais dans la soirée ou pendant le week-end et le rapportais ensuite pour me faire rembourser.

Voilà. C’est dit.

Ce n’était probablement pas l’utilisation prévue de la politique de retour du magasin, mais ma consommation de livres dépassait assez largement mon budget d’adolescente.

Quand je vois aujourd’hui toutes les boîtes à livres qui permettent de déposer un roman terminé et d’en récupérer un autre gratuitement, je me dis que j’aurais adoré avoir ça à l’époque.

J’aurais probablement été leur meilleure cliente.

À défaut, les rayonnages des librairies sont devenus mes bibliothèques improvisées.

Et c’est aussi à cette période que ma manière de choisir mes lectures a commencé à changer.

Un tome ne me suffisait plus

Livres des séries la bicyclette bleue et Les enfants de la terre

Jusque-là, mes souvenirs sont surtout associés à des titres précis ou à des collections jeunesse.

Mais au lycée, quelque chose a changé : lorsque j’aimais un livre, j’ai commencé à m’intéresser à la personne qui l’avait écrit.

Et quand je découvrais un univers qui me plaisait, pourquoi m’arrêter à un seul tome ?

C’est ainsi que les séries et les cycles ont pris de plus en plus de place dans mes lectures.

J’ai notamment découvert Les Enfants de la Terre de Jean M. Auel.

Je me suis plongée dans cette immense saga préhistorique avec Ayla, ses rencontres, ses voyages et la découverte d’un monde complètement différent du mien.

C’était également le cas de La Bicyclette bleue. Découverte en 3e sur les conseils de mon père, la saga de Régine Deforges m’a suivie au lycée et au-delà : je continuais le cycle au fur et à mesure des nouvelles sorties.

Finalement, mon père avait trouvé une méthode plutôt efficace pour me faire accrocher à l’Histoire.

Des Harlequin aux prix Nobel

Collections Harlequin et Prix Nobel

Mes lectures de lycée avaient aussi une particularité : elles pouvaient partir dans absolument toutes les directions.

Je pouvais lire des Harlequin…

Beaucoup de Harlequin.

… et, parallèlement, m’attaquer à une collection consacrée aux prix Nobel de littérature qui trônait dans la bibliothèque de notre salon.

Je ne voyais manifestement aucune contradiction entre les deux. Et aujourd’hui encore, je n’en vois pas vraiment.

Je me souviens avoir apprécié les Harlequin que ma tante et ma grand-mère me prêtaient ou que je convainquais mes parents de m’acheter en allant faire les courses, mais aucun titre en particulier n’est resté gravé dans ma mémoire. Je pourrais difficilement raconter aujourd’hui l’intrigue de l’un d’entre eux.

Du côté des Nobel, le bilan est presque inverse : j’ai oublié une bonne partie de ceux que j’ai lus parce qu’ils ne m’ont tout simplement pas intéressée.

Quelques-uns ont pourtant résisté au temps.

L’Oiseau bleu, de Maurice Maeterlinck.

Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson, de Selma Lagerlöf.

Et La Peste, d’Albert Camus.

Je dois ouvrir ici une petite parenthèse familiale, parce qu’il m’est difficile de parler d’Albert Camus comme je parlerais de n’importe quel autre écrivain.

Albert Camus était le parrain de mon père.

Et L’Étranger est fortement inspiré de mon grand-père.

Autant dire que je ne prétendrai jamais être parfaitement objective lorsqu’il s’agit de son œuvre.

Il n’en reste pas moins que La Peste fait partie des classiques lus à cette époque qui m’ont réellement marquée.

Et c’était loin d’être le cas de tous.

Converture intégrale illustrée de Les trois mousquetaires d'Alexandre Dumas

Les trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas fait aussi partie des quelques classiques que j’ai beaucoup apprécié

Et si les « classiques » n’étaient simplement pas mes classiques ?

À force de lire des œuvres reconnues, primées, considérées comme incontournables, sans forcément y trouver mon compte, j’ai fini par tirer une conclusion assez simple :

les classiques n’étaient probablement pas pour moi.

Et, par extension, la littérature blanche non plus.

Avec le recul, la conclusion était sans doute un peu rapide.

Ce que je n’avais pas encore compris, c’est qu’il existe des classiques dans tous les genres.

Alors, plutôt que d’arrêter de lire, hypothèse qui n’a bien sûr jamais été sérieusement envisagée, je suis partie chercher ailleurs.

Et j’ai découvert mes classiques.

Du côté du crime…

Les reines du suspense : Agatha Christie, Mary Higgins Clark et Patricia Cornwell

La transition était finalement assez logique.

Alice détective et Le Club des Cinq en primaire. Rouletabille et Sherlock Holmes au collège…

Au lycée, j’ai plongé beaucoup plus profondément dans le polar.

Et difficile de s’intéresser au genre sans rencontrer ses reines :

Agatha Christie. Poirot, Miss Marple, les huis clos, les suspects, les indices, les fausses pistes… J’avais trouvé un terrain de jeu qui me convenait nettement mieux.

Et Mary Higgins Clark, avec ses thrillers et son suspense.

Puis Patricia Cornwell et sa série consacrée à Kay Scarpetta.

Là encore, je retrouvais quelque chose qui commençait clairement à devenir une constante dans ma vie de lectrice : lorsque j’aimais un personnage et un univers, j’avais envie de les retrouver.

Mais le polar n’allait pas être mon seul nouveau territoire.

… puis direction l’espace

Les classiques de la SF : Isaac Asimov avec les cycles des robots et fondation, Frank Herbet avec Dune et H2G2 de Douglas Adams

Après le crime, je suis partie voir du côté de la science-fiction.

Et là aussi, j’ai découvert que les littératures dites « de genre » avaient leurs monuments.

Isaac Asimov, d’abord.

Fondation, puis le Cycle des robots.

Des sociétés entières imaginées sur des milliers d’années, des intelligences artificielles, des lois de la robotique, des questions sur l’humanité, le pouvoir, la technologie…

Puis changement complet d’ambiance avec Douglas Adams et Le Guide du voyageur galactique.

La science-fiction pouvait donc aussi être complètement absurde, drôle et décalée.

Il y a eu également Dune, de Frank Herbert, autre monument du genre et encore un univers dans lequel il était possible de s’immerger bien au-delà d’un seul roman. J’ai d’ailleurs passé des heures à jouer aux jeux vidéos inspirés des romans sur mon ordinateur.

J’étais définitivement loin de mes prix Nobel.

Et parfaitement bien là où j’étais.

Un peu de contemporain quand même

Livres contemporains lus au lycée : L'île des gauchers, Bernard Werber avec Les fourmis et Exit

En tant que gauchère, j’ai tout de suite était attirée par L’île des gauchers d’Alexandre Jardin qui a su plaire à l’adolescente que j’étais et m’a incité à voir Fanfan.

En littérature blanche, je me souviens avec nostalgie des titres Les Alumettes suédoises, Trois sucettes à la menthe, Les Noisettes sauvages et Les Fillettes chantantes de Robert Sabatier, même si je serais bien incapable de me rappeler de quoi ils parlent. Je me souviens juste avoir eu hâte de découvrir la suite à chaque fin de tome.

À cette époque, j’ai également découvert Bernard Werber avec Les Fourmis.

Observer l’humanité en changeant complètement de point de vue, mêler connaissances scientifiques, hypothèses et fiction : j’ai accroché.

Puis il y a eu Le Père de nos pères, avec ses questions sur les origines de l’humanité, Les thanatonautes, Exit…

C’est un des premiers auteurs dont un livre m’a donné envie d’aller voir ce qu’il avait écrit d’autre.

Le schéma commençait sérieusement à se répéter.

Trouver ma façon de lire

Avec le recul, mes années lycée ont probablement moins été celles où j’ai découvert ce que j’aimais lire que celles où j’ai commencé à comprendre comment j’aimais lire.

Je pouvais passer d’un Harlequin à Albert Camus, d’Agatha Christie à Isaac Asimov sans ressentir le besoin de choisir un camp.

Mais surtout, je ne me contentais plus forcément d’un livre.

Je recherchais les séries plutôt que les tomes indépendants pour faire durer le plaisir.

Un auteur me plaisait ? J’allais chercher ses autres romans.

Un genre me parlait ? J’allais découvrir ses incontournables.

Et si les classiques que l’on me présentait comme tels ne me correspondaient pas, ce n’était finalement pas très grave.

J’allais trouver les miens.

Certains s’appelaient Agatha Christie, Isaac Asimov, Douglas Adams ou Frank Herbert.

Pendant ce temps, entre deux livres, il y avait toujours le lycée, les copains, les parties de baby-foot… et quelques longues escales à la Fnac pour recharger mes batteries sociales avant de retourner en classe.

Ensuite est arrivée la fac.

Et avec elle, encore beaucoup, beaucoup de livres.

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